Présentation

Shenmue II : un voyage initiatique sur fond d’arts martiaux

Sorti en 2001 alors que la Dreamcast vivait ses dernières heures, Shenmue II est la suite directe de Shenmue Chapter One: Yokosuka et comprend les chapitres 2 et 5 de la saga Shenmue. Plus vaste, plus varié, plus rythmé et sans doute plus accessible pour les nouveaux joueurs, Shenmue II nous offre un véritable voyage sur les terres hongkongaises et chinoises pour la suite des aventures de Ryo Hazuki qui amènera notre héros à rencontrer la mystérieuse Shenhua, la jeune fille qui hantait ses rêves et que l’on pouvait voir sur les artworks promotionnels du premier jeu.

Initialement, Shenmue I et Shenmue II ne devaient former qu’un seul et unique jeu. L’ampleur du développement et la nécessité au sortir au plus vite un « killer-app » sur Dreamcast ont contraint Yu Suzuki et son équipe à sortir fin 1999 le premier chapitre Shenmue Chapter One : Yokosuka et il a donc fallu attendre septembre 2001 pour avoir la suite tant attendue.

L’histoire de Shenmue II se passe en Chine, à Hong Kong puis à Guilin et permet de suivre le développement personnel de Ryo Hazuki dans un environnement qui lui inconnu, loin de son confort à Yokosuka. Shenmue II est placé sous le signe des rencontres : parti à la recherche de Lishao Tao, seule personne à connaître Yuanda Zhu à Hong Kong, Ryo fait ainsi la rencontre de Xiuying Hong, archétype du maître en arts martiaux dans sa sagesse et son caractère impassible.

Au travers du regard de Ryo et de ses multiples rencontres, mais aussi de son apprentissage des arts martiaux et du contact avec la nature, le joueur apprend en même temps qu’il joue : il s’imprègne de la culture chinoise mais aussi des valeurs importantes telles que l’amitié, le respect, la patience et surtout la vertu. À l’image du premier volet, Shenmue II nécessite un investissement important de la part du joueur pour pleinement apprécier les messages qui y sont véhiculés. C’est à ce moment-là qu’on se rend véritablement compte de la cohérence et la richesse de son univers.

Shenmue II permet d’obtenir des premières réponses par rapport aux enjeux du scénario. Sans vouloir gâcher le plaisir des quelques joueurs n’ayant pas encore eu la chance de jouer à ce deuxième volet, l’histoire de Shenmue II se termine par la rencontre avec Shenhua, une jeune chinoise originaire du village de Bailu à Guilin en Chine et dont la rencontre avec Ryo semblait prédestinée. Shenmue II propose un final haletant qui laisse entrevoir une suite prometteuse, envoûtante et qui aura fait l’objet de tant de théories… mais aussi de frustration dans l’attente de Shenmue III !

Un jeu plus vaste, plus varié et plus rythmé

Shenmue Chapter One : Yokosuka était déjà un modèle du genre en matière d’open world, de richesse d’univers et de souci du détail. Shenmue II reprend les piliers du FREE (Full Reactive Eyes Entertainment), introduit dans le premier Shenmue et place la barre encore plus haut avec un nombre doublé de PNJ (700 contre 350 dans Shenmue I), une surface de jeu largement plus conséquente et surtout une variété d’environnements très dépaysante, que ce soit à  Hong Kong, entre Fortune’s Pier (qui rappelle le port d’Amihama dans le premier Shenmue), Green Market Qr et ses panneaux lumineux, le Golden Qr et ses centres commerciaux ou encore le White Dynasty Qr, véritable quartier hongkongais, théâtre d’une scène d’action d’anthologie ! Que dire ensuite de Kowloon et ses buildings sans fin et pour finir en apothéose, de Guilin et ses paysages magnifiques ?

Pour l’époque, Shenmue II était un jeu graphiquement magnifique, un jeu avec une âme et un style bien particulier, des modélisations de visages clairement en avance pour l’époque, des environnements riches et vastes (possibles grâce à des techniques de compression spéciales). Shenmue II est aussi un jeu plus coloré que le premier Shenmue, loin de la grisaille hivernale de Yokosuka. En résumé, une direction artistique parfaitement maîtrisée.

On a souvent reproché au premier Shenmue un problème de rythme : Shenmue II apporte des nouveautés pour répondre à ce point, à commencer par la possibilité de passer le temps mais aussi de manière générale un gameplay plus varié et mieux calibré. On retrouve ce gameplay aux multiples facettes (phases d’enquête, de combat, de QTE) qui est globalement mieux maîtrisé. L’ensemble de ces ajouts permettent de justifier que Shenmue II est une parfaite introduction pour découvrir la saga en comparaison avec le premier volet qui est moins accessible.

Le premier Shenmue disposait d’une fonctionnalité en ligne permettant de recueillir des statistiques sur la manière de jouer des joueurs (distance parcourue, QTE réussis/ratés, argent dépensé et même le nombre de fois où Ryo a touché le mur !). SEGA AM2 a mis à profit les 21 mois qui ont séparé la sortie du premier Shenmue (décembre 1999) de la sortie de Shenmue II (septembre 2001) pour améliorer l’interface du jeu, avec l’ajout notable de plusieurs fonctionnalités : un système d’actions contextuelles (mise à jour dynamique des icônes représentant les touches de la manette en fonction de l’action à réaliser : parler, ouvrir une porte,…) et les Freeze QTE. Si Shenmue I a démocratisé le système de Quick Time Event, Shenmue II va encore plus loin en ajoutant une variante avec les Freeze QTE, soit une suite de touches à réaliser dans le bon ordre dans un temps limité, après que l’écran se soit figé le temps de réaliser cette opération (d’où le terme de « Freeze »).

L’histoire de Shenmue prend place sur fond d’arts martiaux et Shenmue II ne déroge pas à la règle avec l’apprentissage dans la première partie du jeu des quatre Wude, Gon, Dan, Jie et Yi, quatre préceptes que tout maître en arts martiaux vertueux doit connaître et maîtriser. Au contact de Xiuying, Ryo Hazuki se rendra compte du chemin qui lui reste à parcourir avant de pouvoir se mesurer à Lan Di et c’est tout naturellement que notre héros apprendra de nouvelles techniques au cours du jeu, à l’instar du premier volet. On regrettera néanmoins la disparition de l’entraînement libre. Les combats, les fameux « Free Battle » sont en plus grand nombre dans Shenmue II, que ce soit en 1 contre 1 ou contre des groupes de voyous.

Des secrets bien surprenants

Shenmue II ajoute des activités annexes tels que la possibilité de gagner de l’argent en jouant dans la rue aux jeux de dés ou au pachinko. Que les collectionneurs de figurines gashapons se rassurent, cet aspect-là n’a pas été oublié et les développeurs ont pris un malin plaisir à dissimuler les distributeurs et les figurines les plus rares dans des recoins cachés voire totalement improbables ! Pour les fans et les plus curieux, des quêtes annexes ont aussi été ajoutées comme la mythique course de canards ou l’anniversaire de Fangmei.

Un timing de sortie loin d’être optimal

Avec un jeu aux multiples qualités et fondamentalement meilleur que le premier Shenmue, qu’est-ce qui explique que le jeu se soit si mal vendu et beaucoup moins que le premier volet ?

On regrettera le mauvais timing de la sortie de Shenmue II et les mauvaises décisions prises autour de sa sortie si bien que l’on comprend pourquoi dans l’opinion publique le premier Shenmue a laissé une trace davantage marquante. Lorsque Shenmue II sort au Japon le 6 septembre 2001, la Dreamcast de SEGA est une console en fin de vie puisque SEGA avait annoncé la fin de la production de sa console en début d’année. SEGA n’aurait peut-être pas survécu sans le don de 85 milliards de Yens d’Isao Okawa, son président, avant sa mort. N’oublions pas aussi que la version américaine de Shenmue II sur Dreamcast n’a jamais vu le jour alors même que le premier Shenmue s’était le plus vendu là-bas ! En contrepartie, une version voit le jour sur Xbox avec quelques améliorations mineures : des graphismes améliorés, une meilleure bande-son, un système de filtres et d’appareil photo.

Shenmue II est un jeu mythique. Il est difficile de dire s’il l’est davantage que le premier Shenmue, toujours est-il que les deux jeux se complètent merveilleusement bien. Et ce n’est que le début du voyage…

Trent
Webmaster et créateur de Shenmue Master en 2001. A passé plus de la moitié de sa vie à attendre Shenmue III. Le temps passe vite mais toujours fidèle au poste !