Shenmue III – Notre test du jeu – Première Partie

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Voilà nous y sommes, il est temps de vous livrer notre test de Shenmue III. Après avoir attendu les sorties des 3 contenus téléchargeables ainsi que plusieurs mises à jour du jeu afin qu’un maximum de bugs soient corrigés, nous allons vous donner notre point de vue sur Shenmue III en Version 1.05.

Nous vous recommandons tout d’abord de finir le jeu avant de lire ce qui suit car ce test comportera des spoilers.

Avant d’écrire ce test, nous avons également tenu à terminer intégralement les deux premiers Shenmue afin de mieux les comparer au dernier opus de la saga et surtout afin de vous donner le point de vue le plus juste possible. Que vaut réellement Shenmue III comparé à ses prédécesseurs ?

Comme vous l’aurez compris, ce ne sera pas une tâche facile, Shenmue III ne disposant pas des mêmes moyens, tant en terme financier qu’en terme d’équipe de développement puisque celui-ci a été financé par ses fans.

Concernant le test à proprement parler, en réalité il serait plus juste de dire que « Je » vais vous donner mon point de vue, c’est moi Shendream qui suis en charge de ce test.

J’invite d’ailleurs mes collègues de Shenmue Master à venir donner également leurs points de vue via des encadrés qui viendront l’agrémenter.

Ce test sera donc subjectif mais non sans une certaine objectivité.

Il sera basé sur mes attentes, tout en restant réaliste par rapport au budget du jeu. Ne prenez pas ce test comme une vérité absolue, mais uniquement comme ce qu’il est, un point de vue personnel. Faites-vous votre propre opinion sur le jeu, c’est important.

Si j’ai bien aimé Shenmue III pour son univers riche, son ambiance et sa direction artistique fabuleuse (hormis le design de certains personnages), je ne l’ai pas non plus surkiffé. Shenmue III possède d’indéniables qualités mais aussi de très gros défauts dont je parlerais au travers de ce test.

Jaquette de Shenmue III

Commençons tout d’abord par la jaquette du jeu, malheureusement celle-ci s’avère basique et de qualité insuffisante voire médiocre, Ys Net aurait dû consacrer beaucoup plus d’efforts à ce sujet car celle-ci est très souvent le premier contact avec des clients potentiels.

Ajoutons que le visage de Ryo pose également un gros problème, celui-ci souffre visiblement d’un strabisme aigu, ou bien d’une conjonctivite carabinée… car Ryo louche. En un mot, cette jaquette est inférieure à celles de ses prédécesseurs, plus de 20 ans après, il aurait été de bon ton de proposer quelque chose de plus abouti.

Avec le passif et le design propre à la saga Shenmue, il était possible de proposer un travail d’une qualité bien supérieure, voire une jaquette magnifique et riche (grosse pensée pour la jaquette de US Shenmue).

Le nouveau logo de Shenmue III (avec des lettres découpées) s’avère peu convaincant. L’ancien logo de la saga était infiniment plus classe et représentait une véritable marque de fabrique comme peuvent l’être les logos d’Indiana Jones ou bien de Jurassic Park. Nous savons parfaitement que Suzuki-san a fait ce choix afin d’y insuffler sa propre personnalité, mais également afin de démocratiser le nom «Shenmue» en le rendant plus facile à lire. Toujours est-il qu’en l’état, le résultat est inférieur.

Premières impressions – Le village de Bailu

Je dois bien l’avouer, la découverte du village de Bailu reste un très beau souvenir pour moi, j’y ai retrouvé l’ambiance et la magie qui caractérisent la saga, ce qui m’a énormément fait plaisir. Malgré quelques changements en terme de gameplay, modélisation 3D et prises de liberté mais j’y reviendrai plus tard.

J’ai trouvé le «Level Design» du village de Bailu tout simplement excellent, ce petit village paisible au cœur des montagnes chinoises, avec des couleurs magnifiques et chatoyantes, des champs de fleurs qui font immédiatement penser à une peinture de Monet et plus généralement le charme qui se dégage de cet endroit… En deux mots, onirique et sublime.

La lumière joue également un rôle important, les levers et couchers de soleil sont particulièrement beaux, la luminosité varie subtilement en fonction de l’heure de la journée et des conditions climatiques.

Comme ses prédécesseurs avec le Magic Weather, Shenmue III intègre un nouveau système météorologique, celui-ci s’avère convaincant avec des changements météo fréquents. Certaines fois le temps peut s’emballer et des pluies diluviennes peuvent s’abattre sur le village, le ciel prendra alors une couleur orangé et l’ambiance du village changera totalement, c’est assez impressionnant à voir. Seul bémol et contrairement à Shenmue I & II, les villageois ne sortiront pas leurs parapluies lorsque la pluie tombera.

Souci du détail également présent dans Shenmue III (et que personne n’a probablement remarqué), Ryo pose précisément ses pieds sur les marches des escaliers. Un système qui était encore balbutiant dans Shenmue I mais extrêmement impressionnant pour l’époque, il a ensuite été amélioré dans le II. À noter que de nombreux jeux ne l’intègrent toujours pas, comme Assassin’s Creed notamment.

Shenmue III est un jeu plutôt beau, surtout si l’on considère son faible budget et le projet s’avère assez fabuleux sur le papier en terme artistique. On ne peut qu’être admiratif concernant le travail accompli par Yu Suzuki et Ys Net sur ces points précis.

Comme je vous le disais précédemment, le village de Bailu possède un charme indéniable, à travers ses maisons aux toits de chaume (sur lesquels poussent des citrouilles), ses petits ruisseaux, son champ de tournesols et les vêtements joliment brodés de certains villageois, tous ses éléments contribuent à recréer une certaine magie.

En terme d’univers, le village de Bailu est-il réussi ? La réponse est un grand oui.

Shenmue III – Aspects techniques

Shenmue III dispose d’une distance d’affichage plutôt bonne procurée par l’Unreal Engine 4, il est possible d’admirer de beaux panoramas à certains endroits, malgré un peu de clipping et de popping. On sent tout de même un manque de maîtrise de ce moteur 3D, certains éléments mettent plusieurs secondes à charger et il n’est pas rare de devoir attendre 3 à 5 secondes avant d’engager la conversation avec un personnage.

Le Framerate dépend de la configuration sur laquelle vous jouez, cela se résume de la façon suivante, 30 Fps sur PlayStation 4, 45 Fps en moyenne sur PlayStation 4 Pro et 60 Fps sur PC, dépendant de votre configuration.

La première chose que l’on remarque est également un léger effet de rémanence (effets de traînées), pas dérangeant mais largement dispensable, ce serait d’ailleurs une très bonne chose de pouvoir le désactiver à l’avenir. Je ne suis pas spécialement fan de cette rémanence qui me rappelle mes premières parties de GTA III…

Contrairement aux deux premiers Shenmue et c’est un point important à aborder, Ryo n’est pas centré par rapport à la caméra, il est légèrement déporté sur la gauche lorsque celui-ci court. Inversement, lorsque Ryo avance face caméra, celle-ci le déporte légèrement sur la droite. Personnellement, je préfère que les personnages principaux soient bien centrés, comme c’est le cas dans Shenmue I & II ou GTA 5 par exemple.

Autre point, lorsque Ryo court (en montée), la caméra zoome sur lui et il n’est plus possible d’apercevoir ses jambes. Ce n’est pas spécialement gênant mais je préfère largement voir l’intégralité du personnage lorsque celui-ci court. À noter que Ryo avance/court beaucoup plus rapidement comparé à Shenmue I & II, bon point donc.

Des problèmes de collisions sont également visibles entre les bras de Ryo et sa veste. Quel que soit le support sur lequel vous jouez, des saccades seront tout de même présentes, des sauts de caméra sont également à signaler durant les conversations, ainsi que des problèmes de reflets avec les points d’eau.

Techniquement Shenmue III souffre de nombreux défauts qui peuvent être directement imputés à son manque de budget, le jeu manque clairement de peaufinage. On pourrait aussi parler d’un manque évident de maîtrise de l’Unreal Engine 4, c’est en tout cas mon point de vue. À vous de vous faire le vôtre à ce sujet.

Sans atteindre les standards actuels, Ys Net est tout de même parvenu a proposé un jeu honorable en terme de graphismes, on pourrait presque considérer Shenmue III comme un jeu rétro 3D. Certains défauts sont des choix, d’autres sont imputables au budget mais il est important que vous sachiez que Yu Suzuki et son équipe ont vraiment donné leur maximum sur Shenmue III.

J’ai eu la chance de rencontrer Suzuki-san trois fois, notre seconde rencontre s’est passée dans un hôtel en Allemagne en marge de la Gamescom 2017 (afin de l’interviewer). J’y ai vu un homme littéralement épuisé, qui donnait absolument tout sur ce projet, il est important que vous le sachiez.

Shenmue III – Un univers riche

Shenmue III possède un univers riche, il s’agit clairement de l’un des points forts du jeu. Le jeu s’avère même supérieur comparé à ses prédécesseurs sur ce point. Jugez plutôt, il y a 92 manuscrits de techniques à récupérer, 30 collections de gashapons, près de 400 herbes à ramasser, plus de 130 Choubu-chan à trouver etc… Les activités et autres quêtes annexes sont nombreuses, les mini-jeux également. Shenmue III est un jeu ultra complet même si bien sûr, tout n’est pas réussi.

Shenmue III introduit un nouveau système de quêtes annexes plutôt sympa, il est en effet possible de les lancer en appuyant sur les boutons Carré ou X. Celles-ci sont plutôt variées, néanmoins j’aurais aimé que ces quêtes comportent des objectifs plus intéressants, plus d’action (avec des courses-poursuites par exemple) et  également des gains plus importants.

Les étals, boutiques et autres vendeurs proposent de nombreux objets, malheureusement pour beaucoup  inintéressants mais tout de même nombreux. Ceci est également valable pour les distributeurs de gashapons qui ne contiennent pas de figurines officielles SEGA, chose que l’on aurait beaucoup aimé. Ce problème n’est pas imputable à Ys Net, car Shenmue III est un jeu édité par Deep Silver. Dans ces conditions, il est aisé de comprendre pourquoi le jeu n’exploite pas certaines licences de SEGA, c’est malheureusement compréhensible. Disons simplement que Yu Suzuki et son équipe ont fait ce qu’ils ont pu avec ce qu’ils avaient.

En ce qui concerne les mini-jeux, certains journalistes ont émis de vives critiques les concernant, des propos quelque peu «méchants» car il faut bien le comprendre, Shenmue III est un jeu au budget restreint financé en grande partie par ses fans, un problème de licences se pose. Ceci n’est pas une excuse mais bel et bien une réalité.

Certes, concernant les mini-jeux ce n’est pas la panacée, ils sont effectivement de qualité inégale, le jeu des seaux, le mini-golf et celui du basket ne sont pas terribles mais ce n’est pas là que se situe le problème, je pense que le problème de ces mini-jeux est générationnel.

Lors de différentes conférences données par Yu Suzuki, nous avons en effet remarqué que l’homme aimait beaucoup parlé des premiers ordinateurs ainsi que d’anciennes bornes électromécaniques, rappelons que Suzuki-san a commencé à travailler chez SEGA en 1983. Yu Suzuki est bien sûr une véritable encyclopédie du jeu d’arcade, personnellement je pense que Suzuki-san a voulu partager ce passif avec nous, avec l’intégration des Smart Ball et autres jeux électromécaniques d’une autre époque. Ceci est un avis personnel bien sûr.

Une dédicace spéciale pour Yu Suzuki qui a pris un malin plaisir à nous feinter dans QTE Title 2, avec des bras mécaniques qui font mine de se lever et qui se rabattent immédiatement 😉

Hormis les jeux de lancer, j’ai bien aimé les mini-jeux de Shenmue III, les Lucky Hit sont bien présents, ça m’a fait plaisir de retrouver QTE Title, et Excite QTE 3 & Wacky Mole sont également sympas. De plus, je trouve que les jeux électromécaniques (sans être extraordinaires) s’intègrent plutôt bien dans un jeu censé se dérouler en 1987 (un gameplay un peu plus dynamique aurait été le bienvenu).

Seul regret, les anciens jeux du Maître tels que Space Harrier, Hang-On, Out Run et After Burner ne sont plus présents pour les raisons évoquées plus haut. Par contre, je trouve dommage que Suzuki-san n’ait pas intégré le jeu de fléchettes qui était plutôt fun

Gameplay & Mécaniques

Comparé à ses prédécesseurs, le gameplay de Shenmue III a été très largement amélioré en ce qui concerne le maniement de Ryo. Exit la maniabilité façon tank des précédents opus, Ryo se manie avec beaucoup plus de souplesse, les commandes sont beaucoup mieux calibrées (joysticks), la réactivité est meilleure. Ryo est plus rapide, et sans être parfait le gameplay est plus précis et intuitif.

C’est pendant les phases de recherche que les choses se gâtent, lorsque Ryo est amené à trouver des objets dans des lieux précis. Selon moi, Suzuki-san a fait un choix curieux, il a libéré la caméra durant les phases de recherche pour mieux la verrouiller lors des combats… Un choix lourd de conséquences en terme de gameplay. C’est un point extrêmement important que j’aimerais aborder ici, car selon moi cela a gâché deux phases essentielles de la saga Shenmue, la recherche et les combats.

Libérer la caméra durant les phases de recherche de Shenmue III ne s’avère pas être un choix pertinent, c’est clairement une régression. En passant son temps à rectifier et à ajuster la caméra, on perd énormément en efficacité, ce n’est pas du tout intuitif. Le système de double validation enfonce littéralement le clou en rendant ces phases de recherche longues et pénibles.

L’ancien système de recherche de Shenmue I & II, bien que rigide, s’avérait beaucoup plus efficace, en particulier avec ce que j’appelle «l’autolock», le verrouillage automatique d’une cible, que ce soit un tiroir ou bien une armoire. Une fois «un tiroir» verrouillé, il était possible de fouiller tous les tiroirs situés à proximité. C’était clairement plus rigide mais aussi beaucoup plus intuitif, et c’est de fun dont il est question ici. On ne perdait pas de temps à vadrouiller avec la caméra.

Pour ce qui est des phases de combat, j’y reviendrai plus en détails dans un paragraphe à part. C’est assez complexe à expliquer mais je pense que le fait d’avoir verrouillé la caméra lors des combats est une énorme erreur, cela ruine complètement l’expérience de jeu selon moi… Exit les combinaisons de touches avec la croix multi-directionnelle, c’est une perte énorme en terme de fun. À l’inverse, «l’autolock» est utilisé à mauvais escient dans ce cas précis, mais nous y reviendrons plus tard.

Le Système d’endurance

Le système d’endurance consistant à nourrir régulièrement Ryo (afin de remonter sa barre de vie) ne m’a posé aucun problème et ne m’en pose toujours aucun. Yu Suzuki a voulu faire de Shenmue III un jeu dans lequel tout est interconnecté, comme c’est le cas dans notre monde réel. Cela rejoint l’approche réaliste que Suzuki-san avait adoptée pour Shenmue I & II, une volonté de rendre Shenmue III plus crédible et plus immersif.

Si ce système d’endurance ne m’a pas dérangé, c’est aussi parce que j’ai adoré la recherche d’herbes, selon moi c’est une idée excellente et cette nouvelle fonctionnalité constitue une sorte d’évolution du système FREE (Full Reactive Eyes Entertainment). Je n’ai donc eu aucun mal à revendre les décoctions d’herbes aux différents herboristes, ce qui m’a permis de vivre confortablement l’aventure Shenmue III en terme d’argent.

J’ai également adoré me balader tranquillement tout en explorant les différentes maps. Cela reste pour moi l’un des meilleurs moments du jeu, même si les trophées des herbes m’ont donné du fil à retordre.

Le Système de Combat

J’aimerais tout d’abord vous parler des phases d’entraînement, que ce soit la Posture du Cavalier, le Coup de poing sans recul ou bien le Pas du Coq, j’ai trouvé ces entraînements plaisants car ils ne s’éternisent pas, la montée en niveau est assez rapide (niveau 7 maximum). Même chose pour la montée en puissance des coups en niveau Maître qui est bien calibrée et assez rapide.

Quant au système de combat, ça va être un sujet difficile à aborder car je l’ai trouvé catastrophique et bancal. Selon moi, le verrouillage de la caméra ruine complètement l’expérience de jeu, le fait d’avoir supprimé les combinaisons de touches avec la croix-multidirectionnelle appauvrit considérablement le gameplay et me donne l’impression de jouer à une sorte de Punch-Out évolué.

Je ne souhaite pas me perdre en explications techniques ici-même mais sachez que la physique et le ragdoll ne me conviennent pas non plus. Ça me rend un peu triste de dire que je n’ai pas eu de fun avec ce système de combat et ce problème m’est apparu encore plus exacerbé lors de la dernière partie du jeu, au Vieux Château, lorsqu’on doit affronter plusieurs adversaires, dont Lan Di, affligeant tout simplement. (Pardonnez-moi chers fans, je tiens à rester objectif). Comme dit en début de test, faites-vous votre propre opinion.

Je ne souhaite pas revoir ce système de combat dans «un futur Shenmue» si jamais il devait se faire, j’aimerais que nous revenions aux fondamentaux avec l’utilisation du moteur de Virtua Fighter 5 ou un équivalent. Je peux comprendre le problème de licence avec un éditeur tiers tel que Deep Silver mais SEGA n’ont pas sorti de nouveau Virtua Fighter depuis des lustres (10 ans au moins), il serait de bon ton de laisser Suzuki-san se servir de quelque chose qu’il a largement contribué à créer.

L’essence de Shenmue, c’est Virtua Fighter, rappelez-vous qu’au stade de projet Shenmue s’appelait Virtua Fighter RPG. Revenir à l’essence et aux fondamentaux ne peut être que bénéfique, ni plus ni moins.

Les QTEs

J’ai un peu honte de l’avouer mais je n’ai pas réussi un seul QTE lors de ma première partie de Shenmue III 😉 J’avais la vague impression que les timings de ces QTEs avaient été calibrés pour des cerveaux japonais hyper-vitaminés… En fin de trentaine au moment des faits (âge), je me disais également que j’étais un peu comme Shenmue Master, je commençais à me faire vieux. Que nenni ! Après avoir discuté un peu avec divers amis et fans de Shenmue, c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai appris que j’étais très loin d’être le seul.

Reste que le calibrage des timings des QTEs est particulièrement mauvais, le fait d’échouer systématiquement gâche le plaisir de jeu et cela rend Shenmue III frustrant.

Yu Suzuki a peut-être mis la barre un peu trop haut concernant les timings des QTEs. Il est important de préciser que les «Freeze QTE» sont également absents, c’est véritablement dommage car ils étaient particulièrement amusants. La raison de leur absence est probablement toujours la même, un manque de moyens. Je reste persuadé que Suzuki-san les aurait implémentés s’il avait pu.

La Pêche

Comme nous l’a dit Suzuki-san lors d’une interview, la pêche était une activité qui devait être implémentée dans Shenmue I à l’époque, mais cela ne s’est pas fait pour des questions techniques. Personnellement, j’ai apprécié cette activité annexe même si certains fans lui reprochent un certain manque de challenge.

Selon moi, la pêche n’est pas une activité qui a été conçue pour nous amuser, ni pour nous proposer un certain challenge, mais bel et bien pour nous détendre, d’où sa relative facilité. J’ai d’ailleurs un point de vue très personnel sur la question et je vais essayer de l’exposer ici-même en faisant un parallèle de folie avec Out Run.

Il y a longtemps lors d’une interview rétrospective, Yu Suzuki a affirmé que Out Run n’était pas un jeu de «course» mais un jeu de «conduite». Il y a bien sûr la présence d’un timer, mais selon moi  le but d’Out Run n’est pas de «nous amuser», son but est de «nous détendre», en conduisant une Ferrari, cheveux aux vents, le tout accompagné par une jolie blonde.

C’est un but différent qui est poursuivi ici, une autre utilisation du jeu vidéo, à d’autres fins que celle de nous amuser uniquement.

 

Les Tenues Vestimentaires

Une nouvelle fonctionnalité excellente est venue enrichir le gameplay de Shenmue III, Ryo a maintenant la possibilité de changer de tenues vestimentaires, les fans l’attendaient depuis longtemps. Elle permet de personnaliser son avatar avec divers t-shirts, blousons, tenues d’arts martiaux, jeans et autres chaussures, ce qui est une très bonne chose.

Les phases en chariot élévateur

Mon premier sentiment à ce sujet est que les phases en chariot élévateur de Shenmue III s’avèrent malheureusement moins bonnes et surtout moins fun que celles du premier Shenmue. En cause, une certaine lenteur, ça manque clairement de punch, il manque une certaine impression de vitesse contrairement à Shenmue I. Les crissements de pneus aussi sont parfaitement inutiles et rébarbatifs.

Ryo emprunte toujours le même tracé un peu exigu. Et comme énuméré plus bas, les touches ne sont pas choisies de façon judicieuse, on ressent une certaine frustration. J’ajoute qu’il est beaucoup plus difficile d’évaluer les distances avec les choix de caméras.

Cela dit, c’est une très bonne chose que Ys Net ait réussi à les intégrer malgré le budget du jeu, on peut clairement saluer l’effort. Ces phases en chariot élévateur restent tout à fait correctes autrement. 

L’ergonomie des Menus

Si l’on peut considérer l’ergonomie des menus comme faisant partie du gameplay, je vais en parler ici-même.

Petite aparté concernant la police d’écriture du menu principal, celle-ci ne m’a pas choqué même si «à l’avenir» j’aimerais que Ys Net s’applique davantage à ce sujet, avec une police d’écriture personnalisée «Shenmue».

Concernant les menus de Shenmue III je les trouve peu ergonomiques, voire brouillons mais je m’y retrouve et je m’y suis habitué. J’aurais préféré un hub «façon Shenmue I & II HD» qui aurait permis d’accéder plus rapidement à certains menus. Certains choix de touches sont également assez étranges et peu intuitifs, comme le fait d’acheter des objets avec le bouton Triangle (ou Y), ou le fait de valider avec la flèche de gauche, ou bien encore de lever les fourches de son chariot élévateur en utilisant le bouton Rond (ou B).

J’aurais trouvé logique que les boutons Carré ou Croix (X ou A) soient utilisés pour lever et baisser les fourches du chariot élévateur, comme ce fut le cas sur notre bonne vieille Dreamcast.

Que vous dire d’autre, si ce n’est que Suzuki-san a probablement voulu proposer quelque chose de différent. Cependant, la plupart des gens trouvent logique de valider avec la touche Croix et d’annuler avec le bouton Rond (c’est l’inverse au Japon) et d’utiliser des menus de la gauche vers la droite etc… Des choix conditionnés, clairement. Yu Suzuki nous répondrait sûrement «Et pourquoi ne pas proposer quelque chose de différent ?»

À l’inverse, je trouve les menus «d’Aide» clairement bien faits, il est possible d’y accéder de façon intuitive en appuyant sur le bouton Triangle (ou Y), ils sont clairs, bref c’est du bon travail.

Ce qui est dommage, c’est également l’impossibilité de zoomer suffisamment sur les cartes, ou de se repérer dessus, les différents plans possédant des résolutions clairement insuffisantes, en particulier pour la recherche des herbes. Encore une fois, c’est une régression puisqu’il était possible de zoomer très largement sur Dreamcast.

Certains choix de Game Design s’avèrent également un peu lourd, tel que l’impossibilité de «Réessayer» immédiatement un jeu après y avoir joué.

Pour les stands Lucky Hit, il vous sera demandé systématiquement de choisir votre stand entre chaque partie, ceci est également valable pour les parties de Smart Ball entrecoupées de cutscenes répétitives.

Mais rassurez-vous, hormis les petits défauts cités ci-dessus, le jeu et les menus se manipulent bien, on s’y habitue et réaliser la plupart des actions est facile.

La ville de Niaowu – Environnement urbain

J’ai bien aimé la ville de Niaowu, j’ai trouvé la direction artistique toujours aussi fabuleuse et le Level Design tout bonnement excellent, même si je vous avoue avoir une préférence pour la première partie du jeu qui est selon moi beaucoup plus réussie.

J’ai apprécié cette ville pour tout un tas de raisons, le Temple de Hua Xiao et le Sanctuaire de Liu Jiao sont beaux, les différentes boutiques ont du charme, les échoppes sont particulièrement nombreuses et colorées, et il reste toujours un coin de verdure ici et là (y compris des rizières).

De la même façon qu’à Bailu, les effets climatiques peuvent parfois être impressionnants à Niaowu. Après une forte averse, la ville peut être enveloppée d’une atmosphère vaporeuse et il est possible de voir l’humidité ambiante à l’intérieur des bâtiments (salles d’arcade comprises).

Les différentes affiches disposées dans la ville sont sympas, les clins d’œil aux anciens jeux de Yu Suzuki sont d’ailleurs nombreux. On peut également voir des références à la Grande Vague de Kanagawa de Hokusai ainsi qu’aux anciens persos de la saga et des affiches de femmes typées années 50.

J’ai beaucoup aimé certains éléments de décor très typés 90’s, les petites touches tel que le graffiti «Virtua Fighter» présent sur un mur du repaire des Serpents rouges m’ont également fait plaisir. Situé sur les hauteurs de la ville, le repaire des Serpents rouges est un coin que j’apprécie particulièrement pour son Level Design.

Cependant tout n’est pas parfait, l’arrivée à Niaowu a été l’occasion de constater que le jeu manque d’optimisation pour cette seconde partie, des saccades et des chutes fréquentes de Framerate sont à signaler. Cela peut s’expliquer par le fait que Yu Suzuki a en réalité fait un choix plutôt judicieux. Ce choix, c’est celui de laisser de nombreuses boutiques/échoppes ouvertes et directement accessibles, les nombreux articles qu’elles proposent sont apparents, ce qui fait que l’Unreal Engine 4 doit charger une pléthore de textures.

On appréciera également les subterfuges utilisés par Ys Net entre les différentes zones de la ville, probablement dans le but de masquer des problèmes d’affichage. Il est d’ailleurs imposé à Ryo de marcher plus lentement pour passer d’une zone à l’autre.

Vous êtes nombreux à le savoir, ce que l’on remarque tout d’abord à Niaowu est un incroyable manque de vie, la ville est quasiment vide de passants, les habitants possédant des routines sont très peu nombreux. Connaissant Yu Suzuki et son souci du détail, on a véritablement l’impression que Ys Net n’ont pas pu terminer cette partie de Shenmue III à 100%.

Ça fait un peu mal de voir que des choses avaient été prévues sans que ça n’aboutisse, des kilotonnes de nourriture sont servies sur les tables des restaurants avec quasiment personne pour les manger.

Un autre point négatif concerne le fait de devoir se coucher à 21 heures. Si cela pouvait s’expliquer au village de Bailu par la présence de Shenhua (dîner) mais aussi par la configuration des lieux = Bailu est un village reculé au fin fond de la Chine sans éclairages publics et il fait trop sombre le soir. La pilule est beaucoup plus difficile à avaler concernant la ville de Niaowu, puisqu’il s’agit d’un environnement urbain.

Cependant ce problème est à mettre en corrélation avec le manque de passants, Shenmue III a beaucoup souffert de son manque de budget, encore et toujours. Je reste persuadé que Suzuki-san n’aurait jamais fait ces choix s’il avait eu plus de moyens à sa disposition, encore moins celui d’imposer à Ryo de se coucher à 21 heures.

À noter, une certaine répétitivité au moment de payer l’hôtel chaque jour, Ma Jialing répétant inlassablement la même chose ou bien le fait de regarder Shenhua aller se coucher. Des scènes dispensables et inutiles, à éviter à moins de préparer du script avec de nombreuses variantes.

Les appels téléphoniques

Ce qui fait plaisir à Niaowu, c’est la possibilité d’appeler d’anciens personnages de la saga via un téléphone à cartes présent à l’Hôtel Niaowu. Ryo pourra discuter avec Guizhang, Nozomi, Goro, Joy, Fangmei, Tom, Ine-san et Fuku-san. C’est véritablement une excellente idée de la part de Yu Suzuki.

Nous étions tous au courant de cette nouvelle fonctionnalité et lors de ma première partie de Shenmue III,  j’attendais avec impatience de pouvoir passer ces coups de fil. En le faisant, je reconnais volontiers que c’est à ce moment précis du jeu que j’ai vraiment pris conscience de l’attachement profond que j’avais pour tous ces personnages après 18 longues années.

Cependant l’excitation a rapidement laissé la place à la déception, ces conversations s’avèrent beaucoup trop limitées, des problèmes de qualité de script, les dialogues sont d’une platitude absolue et il y a un manque évident d’émotion.

J’ajoute qu’il y a un changement de personnalité trop important avec Nozomi, bien qu’elle soit toujours inquiète au sujet de Ryo dans le premier Shenmue, Nozomi reste une jeune femme douce. À travers les appels téléphoniques de Shenmue III, elle est juste pénible.

Dommage, ces appels téléphoniques auraient pu être des moments mémorables s’il y avait eu beaucoup plus de contenu et si la qualité du script avait suivie.

 

Le Temple Save Shenmue

Comme vous le savez tous, Shenmue III a été financé par sa communauté, l’occasion pour certains fans de laisser des messages extrêmement touchants. Deux registres sont d’ailleurs présents à l’Hôtel Niaowu, le premier se trouve à l’accueil et le second directement dans la chambre de Ryo. N’hésitez pas à les lire !

Que dire, si ce n’est que l’on ressent une immense fierté en pénétrant à l’intérieur du Temple Save Shenmue, un temple intégralement dédié aux fans. Celui-ci contient entre autres quelques goodies & mini-jeux ici et là. On se souvient du long et difficile combat mené pour faire de Shenmue III une réalité. Fierté est le mot juste.

Quelques artworks encadrés sont accrochés aux murs du temple afin de remercier les fans.

Il y a également du beau monde, avec des photos de notre ami Peter le webmaster de Shenmue Dojo, suivi de Chao Yu très sympathique et généreux donateur ainsi que notre ami Bleak.

Ce que l’on peut retenir avec le Temple Save Shenmue, c’est que Shenmue III a également été une magnifique aventure humaine.

Les musiques de Shenmue III

Les musiques de Shenmue III sont belles et plusieurs nouveaux thèmes sont très sympas, sans égaler ses prédécesseurs en terme de qualité. Je dirais simplement qu’il y a un peu trop de redites avec les anciens thèmes de la saga (en particulier dans les boutiques).

On dit souvent que réussir les musiques d’une œuvre, c’est 50% de sa réussite, c’est totalement vrai. Que seraient Star Wars, Jurassic Park ou bien encore Secret of Mana sans leurs musiques cultes ? Les musiques insufflent une certaine atmosphère, une ambiance, une sorte d’aura à certains films ou jeux vidéo qui peuvent devenir cultes. Est-ce que c’est le cas pour Shenmue III ? Oui, en partie, les compositeurs principaux du jeu dont M. Ryuji Iuchi, ont globalement fait du bon travail.

Cependant il y a tout de même quelques graves manquements, certaines musiques peuvent s’avérer lancinantes voire insupportables après quelques heures. Ceci est dû à un manque de variété, les nouveaux thèmes musicaux sont trop peu nombreux et ne varient pas suffisamment entre les différents endroits/quartiers du jeu.

Voici une vidéo avec mon top 4 des musiques que je trouve lancinantes.

Certaines thèmes musicaux sont en réalité des boucles (de sons aigus) qui ne sont pas conçus pour être écoutés durant des heures, comme les musiques d’ambiance de Shenmue I volontairement assez neutres, vous pouvez d’ailleurs en écouter quelques-unes avec ce lien. Ce problème était déjà présent dans Shenmue II, le changement de musique «dans un lieu donné» ne s’opérait que lors du passage jour/nuit. Shenmue I est en cela supérieur à ses deux successeurs car un roulement s’effectuait, les musiques variaient en fonction de notre avancée dans l’aventure.

Depuis le premier Shenmue, je regrette le changement de cap pris par Yu Suzuki en terme de musiques. Shenmue I possédait des musiques d’ambiance envoûtantes (jouées au synthétiseur) qui donnaient une aura particulière, une âme au soft. Elles recréaient une atmosphère et lui donnaient une puissance évocatrice considérable, l’impression de jouer au jeu ultime. Expliquer ce genre de sentiment avec des mots est extrêmement compliqué, aussi, voici une vidéo avec quelques exemples des musiques dont je parle :

Pour revenir à Shenmue III, ça m’a fait plaisir d’écouter les musiques très typées jeux d’arcade SEGA des 90’s (After Burner) en cas de réussite lorsqu’on coupe du bois.

Quel dommage de ne pas avoir conservé la version chantée de la musique culte et totalement kitsch du Tomato Convenience Store de Shenmue I, pour la remplacer par la même version présente dans Shenmue II.

Cette musique fait partie du patrimoine de la saga Shenmue et il y a des choses qu’il ne faut surtout pas toucher (dont la musique de la Bob’s Pizzeria).

 

L’histoire de Shenmue III

C’est l’un des points noirs du jeu, le scénario de Shenmue III est malheureusement médiocre, il n’y a presque aucun contenu, ni aucune révélation majeure, ça a été une immense déception pour moi. L’autre souci étant la qualité du script, je vais le résumer en quelques lignes…

Suite à la disparition de M. Yuan (le père de Shenhua), Ryo part à la recherche de 3 pauvres loubards qui agressent des tailleurs de pierre du coin, en chemin Ryo apprend qu’un tailleur de pierre nommé Yanxin s’est enfui de chez lui en laissant sa mère se faire défoncer au passage (comble de la lâcheté)… Au village de Bailu pourtant réputé pour ses arts martiaux et ses nombreux disciples. Ryo apprend ensuite que les vilains voyous ont emmené M. Yuan à Niaowu et qu’il doit chercher deux autres loubards, rebelote. Et ainsi de suite… À la fin de cette épopée, Niao-sun s’empare du Miroir du Phénix pour que finalement nous apprenions dans «la scène suivante» totalement ubuesque que c’est Lan Di qui a le miroir… (du Dragon)

Il y a réellement de très gros problèmes de qualité de script, qui cette fois-ci, n’ont strictement rien à voir avec le budget du jeu. Au-delà de tout ça, c’est aussi l’absence de scènes fortes, de moments cultes et le manque de rencontre avec des personnages cultes et attachants qui fait cruellement défaut à Shenmue III.

Shenmue II Xiuying

Si Ryo est plus ouvert, un peu plus souriant et se permet même de rigoler avec Shenhua dans ce troisième épisode, son personnage régresse beaucoup en ce qui concerne la compréhension de la vengeance. Ryo est clairement moins évolué, plus basique, et semble n’avoir rien retenu des 4 Wude, ni des leçons distillées par de grands Maîtres d’arts martiaux tel que Xiuying Hong :

Que ton esprit soit aussi calme que la surface de l’eau, comme un miroir poli. C’est avoir un état d’esprit serein.

Rappelons que Ryo a vaincu Dou Niu sur le toit du Yellow Head Building et c’était un sacré morceau, nous étions en droit de nous attendre à un Ryo Hazuki un peu plus badass, plus puissant et avec plus de maîtrise. Au lieu de cela, Ryo se fait fracasser par le premier loubard chinois venu, c’est incohérent.

Je dirais qu’il manque aussi un certain esprit d’équipe, comme c’était le cas dans Shenmue II (avec Ren, Joy, Wong, Xiuying etc…) les interactions entre les personnages étaient l’occasion de voir des moments assez drôles. «Ce foyer affectif» était également présent dans Shenmue I puisque Ryo était entouré d’Ine-san & Fuku-san, tout en connaissant la plupart des habitants de Dobuita. Rien de tout ceci n’est présent dans Shenmue III, si ce n’est les relations avec Shenhua et Ren.

Si l’on a du mal à s’attacher à certains nouveaux personnages comme Shiling ou M. Hsu par exemple, qui sont pourtant réussis en terme de design, c’est probablement dû à l’absence ou à un trop petit nombre de cinématiques en leur présence, il n’y a pas d’interactions et donc aucun lien ne se crée. Les raccourcis rapides pris à la fin de la partie consacrée à Niaowu, durant laquelle Ren réussit miraculeusement à réunir l’ensemble des nouveaux personnages tels que Maître Bei, Shiling et M. Hsu ne font que renforcer ce sentiment.

La volonté de simplifier l’histoire de Shenmue III à l’extrême pour ne pas larguer les nouveaux-venus ( afin que le jeu se vende) se traduit ici par un manque de richesse et le fait d’enlever ce qui faisait en réalité tout son sel.

Les dialogues du jeu

Les dialogues de Shenmue III, même s’ils sont corrects la plupart du temps, s’avèrent beaucoup moins intéressants et surtout moins cultes par rapport à Shenmue I & II. C’est tout simplement incomparable, en particulier ceux avec Shenhua qui sont beaucoup trop platoniques, qui manquent «de complicité et d’émotion». Ils consistent très souvent en des débriefing inintéressants sur ce que Ryo a fait ou découvert durant la journée.

Je continue de penser que Shenmue III est le Shenmue de Shenhua, j’aurais aimé des dialogues plus riches, plus profonds et plus matures qui abordent des sujets tels que le sens de la vie, la spiritualité, les expériences personnelles passées, ou comment Shenhua a acquis certains pouvoirs au contact de la nature et pour finir que Ryo et Shenhua se rapprochent au fur et à mesure de l’aventure.

Il y avait clairement matière, Shenmue III était une superbe occasion de parler de la fameuse prophétie «Celui qui détient le Phénix» récitée sous forme de poème, de l’histoire de Chine et des légendes chinoises avec tout ce que cela peut avoir de mystique.

La Réalisation

Après une reprise de la scène finale de Shenmue II accompagnée d’une musique dont les sonorités me rappellent étrangement l’OST de Senko no ronde, nous voilà arrivés à Bailu, les plans sont beaux, le charme opère, la mise en scène est bonne.

Sans être un expert dans ce domaine, j’ai trouvé que Shenmue III était réalisé comme un téléfilm japonais (en particulier pour la procession impériale) en lieu et place de la réalisation «Grand Cinéma» des deux premiers Shenmue. La réalisation est soignée mais celle-ci s’avère inférieure à celle de ses prédécesseurs, moins grandiose. Comme expliqué plus haut, c’est surtout le manque de scènes cultes qui fait défaut.

Ce qui est surtout flagrant, c’est l’absence totale d’émotions durant des scènes qui se devaient d’être réussies, tel que les retrouvailles avec Ren, malheureusement je n’ai strictement rien ressenti, mais c’est peut-être personnel.

Difficile de comprendre également pourquoi Suzuki-san a perdu tant de temps sur les scènes avec les deux bourgeois, personnages stupides, transparents et sans aucun intérêt. Je vous avoue ne pas être très fan de ce genre d’humour, ni de ce côté théâtral qui me laisse totalement de marbre. Cela ne correspond tout simplement pas à Shenmue.

Au-delà de tout ça, certaines scènes m’ont beaucoup plu, telles que la scène de cache-cache avec les enfants au Champ de tournesols ou bien encore la scène finale lorsque Ryo, Shenhua et Ren marchent sur la Grande Muraille de Chine. À mon sens, ces scènes sont d’excellente qualité, «très fraîches», elles sont malheureusement trop peu nombreuses.

La Direction Artistique de Shenmue III

Comme expliqué en début de test, la direction artistique de Shenmue III est absolument fabuleuse, en terme d’environnements et de Level Design, c’est du grand art et je tiens à applaudir Yu Suzuki ainsi que Ys Net pour la qualité de leur travail. Les environnements sont magnifiques, oniriques et ils correspondent totalement à l’esprit de Shenmue, je les ai tout simplement adorés.

Image par Shenmue Forever

Cela dit, comme rien n’est jamais parfait en ce monde, on pourra tout de même reprocher un certain manque de fidélité par rapport aux œuvres originelles. L’arbre Shenmue semble plus petit que dans Shenmue II, la tapisserie de Luoyang a disparu et certaines pièces et éléments ont été ajouté à la maison de Shenhua. Une prise de liberté qui n’est pas gênante mais qui montre bien que Suzuki-san aime travailler sur de nouvelles choses.

Les Visages de Ryo et Shenhua

Cependant certains changements ne sont pas pertinents, le fait d’avoir modifier les visages de Ryo et de Shenhua est un très mauvais point pour moi. Si je vous en parle c’est tout simplement parce que je trouve que Shenmue avait atteint une sorte de perfection à ce niveau, une perfection en terme de design des personnages qui est et restera une véritable marque de fabrique selon moi. Je vous en parlais d’ailleurs en début de test.

Si ces modifications sont curieusement moins dérangeantes pour Shenhua, qui est beaucoup plus féminine et qui semble plus âgée dans cet opus (probablement pour des raisons culturelles, les femmes changeant plus souvent de look). Le constat est très différent concernant Ryo que je trouve beaucoup moins réussi que dans les précédents Shenmue.

Si je devais résumer ce que je pense, je dirais ceci : il y a un vieil adage qui dit «Qu’il n’y a pas plus conservateur qu’un vieux gamer» mais ce n’est pas totalement vrai, les changements apportés au visage de Ryo ne m’auraient pas dérangé le moins du monde si le résultat final avait été supérieur (à Shenmue I & II). Hors ce n’est clairement pas le cas dans Shenmue III, Ryo Hazuki est fade, insipide, il n’a plus aucun charisme et s’avère même androgyne.

Il y a donc un bon compromis à trouver entre le fait que Yu Suzuki aime travailler sur de nouvelles choses et bien sûr qu’il prenne plaisir à le faire, et le fait de rester un minimum fidèle à l’œuvre originelle. Vous savez, tout ceci me rappelle ce que je nomme «le syndrome Georges Lucas» créateur de Star Wars. Dans les années 90, Georges Lucas avait pu ajouter des effets spéciaux (CG) dans certaines scènes des épisodes IV, V, VI afin de les moderniser, il n’y a eu aucun souci. C’est lorsque celui-ci a voulu modifier certains bruitages des films qu’il s’est heurté à l’hostilité la plus viscérale des fans. Moralité, on ne peut pas tout modifier.

Si jamais Shenmue IV devait se faire, j’aimerais que Suzuki-san et son équipe nous propose un Ryo Hazuki et une Shenhua plus fidèles aux deux premiers Shenmue, ceux des artworks ou du Passeport de Shenmue I, des visages ancrés dans nos mémoires depuis 18 ans.

Des personnages au Design inégal

Concernant les autres personnages du jeu, je resterai cohérent en vous disant que j’ai beaucoup apprécié les personnages au design «Shenmuesque», un adjectif utilisé par toute une communauté pour qualifier ce qui correspond bien à Shenmue. Le personnage de Wei Zhen est en cela particulièrement réussi et l’on retrouve de nombreux archétypes de personnages ressemblant comme deux gouttes d’eau à leurs homologues de Shenmue I.

Voici une galerie avec en haut des personnages au design dit «bon» et en bas un nouveau design, disons-le franchement, tout simplement «horrible». À éviter à tout prix si jamais Shenmue IV se fait.

C’est donc 50%/50%, des personnages sont réussis et d’autres moins, en particulier ceux au nouveau design étrange présenté par Suzuki-san lors du MAGIC 2018. À noter également, la présence de nombreux clones, en particulier féminin mais ceux-ci ne posent aucun problème car nous savons tous que le budget était restreint.

Des loubards bas de gamme

Certains fans m’ont parlé de leur déception concernant le personnage de Niao Sun, je ne dirai pas que le design de Niao Sun est mauvais, il est en réalité plutôt bon (son visage, pas son style), c’est surtout qu’elle s’avère beaucoup moins charismatique que sur les artworks. Hélas ceci est encore imputable aux changements de design opérés dans Shenmue III, un mauvais choix clairement.

Concernant les loubards de Shenmue III, ils ne sont pas du tout charismatiques et par conséquent peu crédibles, ils n’inspirent aucunement la crainte et les enjeux du scénario s’en trouvent amoindris.

Sur l’image à gauche ci-dessus, il sera facile de reconnaître l’un des voyous qui ressemble très fortement au fameux tatoueur de Yokosuka. À Niaowu, l’un des loubards ressemble très fortement à Larry des Heavens.

On regrettera l’absence de «bad guy» charismatique tel que Terry (excepté Lan Di) qui n’hésitait pas une seconde à essayer de nous péter le crâne à coup de barre de fer, ou de ces salopards de Mad Angels qui nous foutaient des coups de pompe à moto.

Shenmue III est un peu «trop sage» et manque un peu d’intensité à ce niveau-là, le jeu n’est pas assez épique.

 

Les réactions de personnages

Shenmue III est subtil à ce sujet, observez bien les réactions et les attitudes des passants, le jeu est assez riche à ce niveau-là. Il n’est pas rare de voir Shenhua ou bien Ren saluer Ryo lorsqu’ils se croisent dans la rue. Comme vous pourrez le voir sur l’image de gauche ci-dessous, une femme s’apprête à se faire accoster par un beau jeune homme nommé Ryo Hazuki, sa gestuelle parle pour elle. N’hésitez pas à observer Shenhua également, ses réactions sont intéressantes.

Une absence de Philosophie, de Spiritualité et de Poésie

Comme vous le savez Shenmue I et Shenmue II sont des jeux différents, Shenmue II aborde les arts martiaux de façon beaucoup plus philosophique, plus spirituelle voire poétique. Cette approche a été une immense source de progrès et d’évolution comparé au premier Shenmue, elle a considérablement enrichi Shenmue II.

Grâce à cette nouvelle approche et une réalisation sans faille, Shenmue II possède des scènes et des moments jouables tout simplement inoubliables et cultes. On se souviendra avec beaucoup d’affection de la scène de l’arbre en compagnie de Jianmin au moment d’apprendre Gon, du fait d’attraper trois feuilles rouges à la suite avec Xiuying, ou de la magnifique scène du disque 4 durant laquelle Ryo fait du Tai Chi devant la grotte etc…

Cette fameuse notion «d’apprentissage par le jeu» dont nous discutions beaucoup avec Kenji, l’apprentissage des 4 Wude par Ryo, une véritable philosophie de vie qui était au cœur de la première partie de Shenmue II.

Tous ces éléments sont malheureusement absents dans Shenmue III, il y a un manque évident de philosophie, de spiritualité, d’émerveillement et de poésie dans la mise en scène et lors des phases jouables. En cela Shenmue III s’avère plus pauvre que ses prédécesseurs.

Je vous invite d’ailleurs à lire les excellentes Shenmue Théories de Kenji en deux parties, celles-ci sont extrêmement intéressantes concernant le background de la saga.

L’avis des autres membres de Shenmue Master

Finalement, la décision a été prise de scinder ce test en deux parties. Cette seconde partie comportera l’avis de Trent notre webmaster, celle-ci paraîtra dans les prochains jours.

Avis & Conclusion

Image par notre ami Shenmue Forever

Comme indiqué en début de test, après avoir terminé une nouvelle fois les deux premiers Shenmue, le constat est sans appel, si Shenmue III est supérieur en terme de direction artistique, de Level Design et que son univers est beaucoup plus riche, dans l’ensemble celui-ci s’avère clairement moins bon que ses prédécesseurs.

Shenmue III est plus une réussite sur la forme que sur le fond, les manquements sont trop nombreux et les défauts ne sont pas tous imputables au manque de budget mais également à de nombreux mauvais choix. Avoir modifié les visages de Ryo et de Shenhua est une hérésie qui fait plongé la note du jeu. La qualité Shenmue, sa marque de fabrique et ce qui faisait la perfection de son design ne sont tout simplement plus là.

Si je reste persuadé que Yu Suzuki et Ys Net ont fait des merveilles avec les moyens dont ils disposaient et que je suis admiratif sur de nombreux points, la mauvaise qualité d’écriture du scénario, l’absence de scènes fortes, d’émotion, d’émerveillement et de personnages cultes et attachants m’auront définitivement convaincu que Shenmue III est un jeu très moyen même s’il reste très sympa en terme d’univers.

Il y a beaucoup de choses dont j’aimerais encore vous parler, comme le village de Baisha mais il faut bien terminer ce test. Je continue de penser que nous avons été des privilégiés en découvrant les deux premiers Shenmue à l’époque, ceux-ci resteront des jeux merveilleux tout simplement indéboulonnables, ils sont littéralement gravés dans le marbre et rien ne pourra le changer.

Tout ce qui viendra par la suite ne sera que du bonus.

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Doppelschlacht
Invité
Doppelschlacht

Excellent article et test sur la saga non achevée de Shenmue. Je vous félicite pour ce travail honnête et digne d’un fan qui se respecte, d’autant plus que j’avais des craintes sur ce test vu que vous vous extasiez d’une manière incompréhensible sur les éléments divulgués avant la sortie de Shenmue 3 (notamment la démo). Ce qui en fin de compte peut être compréhensible pour promouvoir le jeu. Cependant, tout présagé du pire pour un fan qui a découvert Shenmue à sa sortie et votre conclusion le reflète parfaitement. J’aimerais ajouter quelques remarques supplémentaires en partant du fait que Shenmue… Lire la suite »

Doppelschlacht
Invité
Doppelschlacht

J’ai oublié d’ajouter un point : 7) Je suis entièrement d’accord avec vous sur le logo Shenmue. Cependant, ce n’est pas cet élément qui aurait rendu le jeu meilleur. Avec le logo originel, on avait un « S » chaloupé, enroulé, comprenant des éléments circulaires et rappelant en cela les 2 miroirs. Le fait d’avoir changé le logo montre qu’on a affaire à une suite sans être la digne héritière des 2 premiers Shenmue pour les raisons que l’on connaît. Sans surinterpréter, on voit que Yu Suzuki voulait clairement marquer le fait que l’on avait un Shenmue sans être un Shenmue en… Lire la suite »

michael
Invité
michael

Sympa le test. J aime mieux les visages de Shenmue 3 car plus dn phase avec l âge des persos. Pas mal le parallèle téléfilm / cinéma. Et bien trouvé le détail des marches.
Tu voulais nous dire quoi sur Baisha ?

michael
Invité
michael

Oui c est le Shenmue de ShenHua. Le jeu pierre papier ciseau « face-off » avec ShenHua !

DaFunkYSouL
Invité
DaFunkYSouL

Entièrement d’accord sur ce test. On ne retient presque rien de marquant, je n’ai pas hâte d’y rejouer car je peux retracer les événements de tête, dommage.
Surtout, aucune énigme, aucune enquête, comme les tasses de thé à aligner de Shenmue 2 ou la lettre en caractères chinois à lire en regardant le reflet du miroir du 1…
La philosophie fait cruellement défaut oui, c’était l’essence de la saga, qui me donne là encore envie de jouer à Shenmue 2 voire 1,mais pas tellement au 3.
J’espère que Yu pourra intégrer tout ça dans le 4!

hasardestin
Invité
hasardestin

Yu s’est foutu de la gueule de tous les joueurs, même en tant que grandissime fan : ce jeu fut une énorme daube. Faut arrêter à un moment de cirer les pompes de Yu Suzuki et lui dire qu’il nous l’a mise bien profond . Je repense à tous ces backers de Kickstarter qui en « pleurent » encore et qui pour certains n’ont rien reçu. Effectivement le 1 et 2 niveau intensité, moments chocs,musqiues etc…. c’était dingue à l’époque , on ne ressent rien pour ce 3ème volet. Les seuls points positifs : les décors ancrés 2020, la musique surtout dans… Lire la suite »

Macardit
Invité
Macardit

Juste, à propos de la vengeance de Ryo, un point qui a justement été occulté dans le troisième (comme à peu près tout ce que le premier et le second ont mis en place niveau plot), c’était une remise en question profonde sur la volonté de vengeance qui se développait au fur et à mesure des deux épisodes – plus évidemment avec Xiuying –, et qui passe totalement à la trape dans cet opus. On dirait que Ryo n’a définitivement rien appris, et cela se ressent à tous les niveaux : dans le gameplay, dans la progression bornée et incohérente,… Lire la suite »

michael
Invité
michael

Je vous trouve très dur à l’égard de Yu Suzuki et Shenmue 3. Des efforts ont été faits pour moderniser la narration et l expérience de jeu (inspiré des productions Ryu Ga Gotoku). Même la caméra a été modifiée pour renforcer l immersion. L’histoire avance au bout du compte. Il y a une scène inspirée de Rocky 2. Les musiques sont superbes et les paysages magnifiques. La modélisation des persos est bonne également. Et les combats sont super il sufit de s entraîner pour prendre du plaisir aux combats. Dans quelques mois vous reviendrez sur le jeu car le village… Lire la suite »